Né: le 17 juin 1968 – Décédé : le 14 février 2006
Surnoms: Billy, Bill, William, Bear, et Bub
Personnalité: Billy, c'était un être complexe, à la fois attachant, tendre et vulnérable. Il était souvent en proie à l'angoisse et à la frustration, tentant de composer tant bien que mal avec les difficultés de son existence. Aimable et affectueux, il pouvait aussi se montrer rageur et cruel et passer en un instant d'une colère déchaînée à un immense besoin de tendresse et de réconfort.
Ses sautes d'humeur laissaient perplexes tous ceux qui l'entouraient, surtout les autres chimpanzés qui ne semblaient pas comprendre ce qui lui arrivait. Quand il était de bonne humeur, les siens en profitaient tout en craignant le moment inattendu où il se transformerait soudain en tyran. Quand Billy s'en prenait à eux, ils se vengeaient et lui se retrouvait alors sans le moindre appui. Heureusement pour lui, les humains qui l'aimaient comprenaient son mal de vivre et les émotions parfois explosives qui en découlaient.
Billy adorait rire et s'amuser. Il était presque toujours réceptif aux avances des étrangers qui s'intéressaient à lui et socialisait aisément avec tous les humains qui le côtoyaient à la maison des chimpanzés. C'était un chimpanzé fort séduisant et doté d'un charisme hors du commun. Il manifestait sa présence de façon si impressionnante qu'on pouvait difficilement ne pas en tenir compte. Lorsqu'il n'arrivait pas à monopoliser l'attention par sa gentillesse, il piquait une colère telle qu'il ne passait plus inaperçu.
Il pouvait être intimidant et le savait, mais dès qu'il se sentait respecté, il était tout autre. Il cessait de cracher et de lancer des objets pour attirer l'attention et s'asseyait gentiment pour vous convier à un brin de causette. En fait, la colère était le seul moyen dont il disposait pour contrôler son environnement. C'était efficace et il s'en est servi jusqu'à la fin de ses jours.
Billy aimait la compagnie des humains et ceux-ci le lui rendaient bien. Aucun autre chimpanzé n'avait autant d'amis humains que lui, car sa personnalité magnétique ne laissait personne indifférent. Toute interaction avec lui laissait l'impression d'avoir vécu un moment privilégié. Nous étions toutes et tous éperdument amoureux de notre cher Billy Jo. Jamais il ne me refusait le plaisir de sa compagnie et je pouvais toujours compter sur sa bonne grâce lorsque nous participions à des évènements médiatiques visant à sensibiliser la population à la cause des chimpanzés. Il adorait être le centre d'attention et c'est ce qui faisait de lui un ambassadeur hors pair.
Sa présence dans les articles et documentaires traitant de la triste existence des chimpanzés vivant en captivité a permis à des gens partout dans le monde de comprendre enfin à quel point ces êtres sont anéantis par leurs conditions de vie.
C'est en exprimant librement ses émotions que Billy savait nous atteindre. Bien sûr, quand il se mettait en colère, on pouvait toujours s'en éloigner. Mais combien de fois ai-je vu ses interlocuteurs se ressaisir pour revenir vers lui, espérant visiblement la chance d'un rapprochement. L'estime que nous lui portions nous amenait à vouloir le calmer, le rassurer, et le réconforter de notre présence; après tout, c'était bien la moindre des choses que nous pouvions faire pour lui. Et même dans ses pires moments, il était toujours réceptif à ceux qui le comprenaient et lui offraient du réconfort.
Billy était extrêmement intelligent et fort intuitif. On s'imagine facilement que cet être sensible et perspicace ait été profondément perturbé par ce qu'il avait vécu en laboratoire. Aussi s'insurgeait-il contre la moindre brusquerie ou le moindre manque de respect dans le ton de la voix. Il savait aussi discerner toute tentative de s'amuser à ses dépends, même s'il adorait qu'on s'amuse avec lui.
Comme nous tous, Billy était sensible au sentiment d'être méprisé qu'engendre parfois l'incompréhension de nos besoins. C'est pourquoi il nous laissait savoir clairement ce qui lui plaisait ou pas. C'est d'ailleurs ce qui lui a valu le surnom de "Bear" : il rugissait comme un ours féroce quand on ne respectait pas ses «consignes».
Ainsi, nous avons appris à ne pas faire de bruit à notre arrivée le matin, à chuchoter nos bonjours et à laisser les lumières éteintes jusqu'à ce que tout le monde soit debout. Nous avons appris à attendre que Billy soit prêt avant de le changer de pièce, ce qui nous rendait la vie bien plus facile, comme à lui, d'ailleurs. Les jours où il se levait trop tôt, il redevenait ours. Il fallait alors lui préparer sa nouvelle chambre le plus rapidement possible ou encore le laisser retourner à sa chambre de la veille avec des draps propres pour se remettre au lit.
Billy a su inspirer à tous ceux qui le côtoyaient respect, attention et amour, ce qui nous a permis de lui offrir en retour la chaleur de notre amitié et de notre compassion.
Statut social: Un tyran dans des situations de groupe, non toléré par la plupart des siens, craint par certains et constamment mis au défi par d'autres. A fait l'objet des attaques les plus violentes par le groupe dans son ensemble. Difficulté à s'intégrer socialement.
Activités préférées: Billy adorait par-dessus tout la compagnie des humains. On ne saura jamais quelles auraient été ses préférences s'il avait vécu autrement. Mais à la Fondation Fauna, il entrait en contact avec tout le monde. Il avait bien sûr ses souffre-douleur, qu'il tourmentait parfois, mais c'était plutôt rare. Et l'on pouvait presque toujours s'attendre à ce qu'il nous accorde une deuxième chance et parfois même une troisième.
Il adorait faire la sieste. Quel plaisir que de le voir roupiller tranquillement! Mais attention, il ne fallait surtout pas réveiller « l'ours » trop brusquement. Il se levait en général vers 5 heures du matin pour aller s'asseoir dehors. Puis, vers 7 heures, après un léger goûter de fruits, il retournait se coucher. À notre arrivée, il dormait encore, reportant à plus tard le moment de se lever pour qu'on puisse nettoyer sa pièce. Quand enfin il se levait, il faisait plaisir à voir, s'étirant paresseusement, grognant doucement, un lever tout en douceur.
Il adorait regarder la télé, en particulier une émission de mise en forme matinale présentée à 9 heures. On aurait dit que ça l'aidait à gérer son stress en lui occupant l'esprit pendant que nous nous affairions au ménage. L'après-midi, après avoir mangé et fait la sieste, il passait le temps, comme les autres chimpanzés, à écouter des téléromans. (Nous ignorons pourquoi les chimpanzés aiment tant ce genre de divertissement.) Puis, avant le dîner, il regardait l'émission « Oprah ».
Billy s'adonnait aussi souvent à la peinture et était fier de nous remettre le fruit de ses efforts. Le regarder peindre était pour nous un passe-temps des plus agréables. On voyait bien qu'il avait du talent et qu'il retirait énormément de plaisir de ses créations.
Aliments préférés: Billy aimait toute la nourriture des humains. Élevé comme un petit d'homme, il s'était habitué à toutes sortes d'aliments. Au laboratoire, par contre, il avait dû se résigner à ne manger que de la moulée sèche et quelques fruits et légumes.
Au sanctuaire, nous avons vite compris qu'il raffolait des bananes, du raisin, du melon d'eau, des pâtes, du pain et de la crème glacée. Il a aussi appris à aimer la laitue, les endives, les légumes cuits et les poivrons rouges.
Il adorait manger et nous le manifestait quand on lui servait ses plats préférés, Il dégustait ses repas et se mettait littéralement à trembler à la vue de certains aliments.
C'était un plaisir de le servir. Tout le monde cherchait à lui dénicher chaque jour quelques-uns de ses aliments préférés.
En étant très communicatif quant à ses préférences, il s'arrangeait pour qu'on lui donne toutes ces bonnes choses dont il avait été si longtemps privé.
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