Date de naissance: 1970; célébré le 3 décembre - 27 juin, 2012
Alias: Miss Pepper, Peppy, et Pepp
Personnalité: Le trait de le plus marquant de la personnalité de Pepper est son extraordinaire force de caractère, qualité qui lui a permis de survivre à ses années en laboratoire. Elle fait preuve d'une volonté et d'une détermination incroyables.
Sa loyauté à l'endroit de ceux qu'elle aime est également admirable. Pepper est attentionnée, compatissante, sage et pleine d'amour. Il faut cependant se mériter son respect et son affection car elle ne donne pas son cœur facilement. Après son arrivée au sanctuaire, il a fallu un an pour qu'elle se laisse aller à rire, et plusieurs années avant qu'elle ne s'ouvre et ne devienne plus sociable avec les personnes qui s'occupent d'elle chaque jour.
Pepper a été profondément marquée par sa vie en laboratoire. Elle en a appris beaucoup sur les êtres humains et leurs imperfections. C'est une âme très sage. Nous avons toujours respecté cette sagesse. Son intuition est extrêmement forte; lorsqu'elle craint quelqu'un, ses craintes sont toujours justifiées.
Les liens affectueux et tissés serré qui l'unissent à Donna Rae et Sue Ellen l'ont aidée à trouver un sens à sa vie en captivité. Sa loyauté envers ses amis est inébranlable comme celle d'une sœur. Elle est entièrement dévouée à ceux qu'elle aime, se portant à leur défense même quand elle est terrifiée.
Pepper peut être douce et aimante, jusqu'à ce qu'on la contrarie. Elle perd alors patience et sa personnalité change du tout au tout. C'est à ce moment que sa rapidité et sa force physique interviennent de façon stupéfiante. Elle est très forte, agile et rapide. Si vous aviez à faire face à une Pepper en colère, vous n'auriez même pas le temps de réaliser ce qui vous arrive. Ce qui la fâche plus que tout c'est qu'un malheur arrive à ceux qu'elle aime.

Pepper ne tolère pas qu'on lui manque de respect, ce qui alimente certains problèmes entre elle et quelques uns des plus jeunes résidants de la Fondation, qui n'ont jamais appris l'étiquette régissant les relations entre chimpanzés. Pepper vous traitera avec le même respect que celui que vous lui démontrez. Et elle n'oublie jamais. Si vous êtes grossier avec elle, elle se vengera un jour, lorsque la possibilité se présentera. Il arrive parfois que, plusieurs semaines après un incident quelconque, elle soit toujours fâchée. Elle n'oublie jamais.
Malgré son caractère fort, Pepper est aussi très douce et gentille. Elle est toute petite, mais sa stature ne l'empêche pas d'être agile, robuste et très rapide. Vue de l'extérieur, elle semble habituellement très paisible et tout à fait à l'aise, peu importe la situation. Cependant, elle peut faire face à tout ce qui arrive, et elle a ses appuis en cas de besoin. Plusieurs souhaitent devenir les amis de Pepper, mais seuls quelques uns y parviennent. Elle exige votre loyauté et si elle l'obtient, vous aurez la sienne.
Activités préférées: Pepper adore être occupée et se cherche toujours quelque chose à faire. Comme plusieurs de nos résidants, elle adore nettoyer à l'aide du boyau d'arrosage; elle aime aussi amasser de petites piles de déchets et en disposer proprement dans des gobelets de papier ou des boites pour que nous les jetions.
D'autre part, Pepper aime bien passer du temps en compagnie de ceux qu'elle aime, faisant leur toilette ou étant tout simplement tranquillement assise parmi eux. À l'intérieur de la maison des chimpanzés, on la retrouve souvent en train de regarder par la fenêtre; elle adore observer le va-et-vient de la ferme et semble être au courant de tout ce qui se passe à la Fondation. Elle n'en manque pas une!
L'été, il est difficile d'obtenir de Mademoiselle Pepper qu'elle entre à l'intérieur; elle passe des heures sur l'île. Elle se garde très occupée, cherchant quelque chose à grignoter dans le potager ou cueillant des trèfles et des pissenlits. Elle est toujours curieuse de comprendre comment les choses sont faites, et on la voit souvent en train d'observer avec intérêt un quelconque travail de construction, ou encore de démonter un objet pour le plaisir. Une fois qu'elle a terminé, elle nous remet poliment les morceaux de bois, boulons et écrous qu'elle en a retirés.
L'été, elle passe parfois des nuits entières sur l'île; elle emporte avec elle une pile de couvertures dans son coin préféré, elle se fait un nid confortable et dort à la belle étoile, au son des grillons et des grenouilles qui vivent aussi à la Fondation.
La confection de nids est sans doute l'activité préférée de Pepper. C'est elle la reine des nids! Depuis sa première nuit à la Fondation en octobre 1997, il n'est pas passé une nuit sans qu'elle se fasse un lit. Sa technique est très particulière: elle secoue ses couvertures et les aplatit sur la plateforme où elle a choisi de passer la nuit; elle prend bien le temps de les ajuster, les étendant avec soin et se couchant dessus pour vérifier que tout soit bien parfait. Une fois ce premier test fait, elle se redresse et apporte quelques corrections si nécessaire… ce qui est le cas la plupart du temps! Lorsqu'elle considère que le nid est exactement à son goût, elle se couche sur le dos et étend la dernière couverture sur ses jambes, ses pieds et sa poitrine, ses bras reposant à l'extérieur. Le rituel de Pepper faisant son lit et s'y glissant est l'un des spectacles les plus attendrissants qu'il soit donné de voir à la Fondation Fauna.
Aliments favoris: Pepper adore les fruits bien mûrs et juteux comme le melon, le cantaloup, les mangues, les raisins, le melon d'eau et les pêches. Elle adore les tomates fraîches, peu importe la variété, pourvu qu'elles soient mûres et délicieuses. Durant l'été, on peut la voir cueillant joyeusement quelques tomates juteuses dans le potager de l'île et en savourant chaque bouchée. (La Fondation fait pousser des légumes et des fruits pour les chimpanzés, dont des cerises de terre et des poivrons). Quand vient l'hiver, il faut attendre au prochain été pour voir Pepper, une consommatrice avertie, savourer ses poivrons.
Pepper adore faire la fête et est heureuse de se régaler de toutes les gâteries qu'on retrouve lors des occasions spéciales, comme du jus ou des boissons gazeuses. Pepper adore également l'heure de son thé chaud. Elle choisit habituellement de le prendre dans un endroit isolé, où tranquillement assise, elle le sirote et le déguste tout en contemplant le paysage.
À la memoire de Pepper - 3 décembre 1970 - 27 juin 2012

Il y a de ces moments où l’on ne sait littéralement pas par où commencer. Il y a quelques jours maintenant que j’ai en tête de vous écrire pour vous raconter ce qui est arrivé à Pepper. Chaque fois que j’ai tenté de m’y mettre au cours des derniers jours, je m’en suis sentie incapable. Chaque fois, j’ai décidé plutôt d’aller nettoyer quelque chose, d’arroser les plantes, ou encore, de tailler des arbres. Je suppose qu’il s’agit là de distractions acceptables qui me permettent de soulager la douleur presque insoutenable que je ressens en songeant à la façon dont la santé de Pepper s’est brusquement dégradée. En moins de deux semaines, elle qui, à l’origine, avait besoin de soins parce qu’elle ne se sentait pas tout à fait bien, s’est retrouvée à l’article de la mort et a dû traverser le triste, douloureux et brutal processus qui nous mène vers la fin de la vie.
La nuit où Pepper a pris son dernier souffle, j’étais à son chevet. J’étais là depuis 16h, tranquillement assise près d’elle, et nous nous tenions la main. Me voyant entrer dans sa chambre, elle s’était déplacée avec peine pour venir à ma rencontre, plutôt que d’attendre quelques secondes que je me rende à ses côtés. J’ai été émerveillée de son accueil empreint de douceur et de chaleur. Après 15 années passées à exprimer notre affection l’une pour l’autre à travers l’acier froid des barreaux de sa cage, nous avons finalement pu nous blottir l’une contre l’autre, nous faire la toilette l’une de l’autre et, lorsqu’elle a été trop faible pour lever la tête, elle a pu la laisser reposer doucement sur mes genoux.
Samedi le 19, nous étions prêts, ou aussi prêts que nous pouvions l’être, à procéder à l’anesthésie de Pepper et de Binky. Pepper avait depuis quelque temps un côté du visage enflé et elle saignait périodiquement du nez. Elle était sous antibiotiques et nous veillions à ce qu’elle reçoive tous ses aliments favoris et qu’elle mange bien. Nous l’avons anesthésiée afin de pouvoir examiner de près sa bouche, son nez et sa joue, prendre des échantillons sanguins, palper son abdomen, et l’ausculter. En procédant à un examen complet, nous espérions comprendre ce qui n’allait pas afin de pouvoir remédier à la situation.
Nous avons découvert qu’il fallait lui extraire trois dents. Ce qui n’aurait dû être qu’une banale procédure a alors déclenché une suite d’évènements désastreux. Pepper s’est mise à saigner. Elle avait éprouvé des difficultés lorsque nous l’avions intubée et le tube qui l’aidait à respirer avait dû être retiré puis inséré à nouveau. Cet incident nous a fait redoubler de prudence, mais nous n’étions pas encore alarmés. La peur s’est éveillée en nous lorsqu’elle s’est mise à saigner abondamment suite à l’extraction de ses dents et que nous avons constaté que ses gencives étaient à peine roses. Nous n’avions pas encore tous les faits, mais nous sentions que c’était mauvais signe. Pepper souffrait d’anémie sévère à cause d’un trouble sanguin et elle était à un stade avancé d’insuffisance rénale. Nous savions que ses fonctions rénales étaient déjà compromises, ce qui est fréquent chez les chimpanzés femelles d’un certain âge, mais nous ignorions à quel point la maladie avait progressé. Les tests sanguins ont révélé un pronostic des plus sombre: avec de la chance, Pepper tiendrait le coup encore une semaine, tout au plus.
La semaine suivante, de nombreux visiteurs, humains et chimpanzés, sont venus apporter leur réconfort à Pepper et lui faire leurs adieux. Bénévoles, amis et alliés tels qu’Allison Argo, la Dre Theo Capaldo et Gil et Roz Kaplansky, ont défilé à la maison des chimpanzés. Dès qu’elles ont appris la nouvelle, de nombreuses personnes qui comptaient pour Pepper et pour qui elle comptait énormément sont venues lui faire leurs adieux. Au cours de ces quelques journées, Pepper les a toutes accueillies telle une hôtesse cordiale, ravie qu’elle était de de les recevoir.
Mes sœurs, Dawna et Linda, ainsi que mon frère Glenn ont passé de longues heures à ses côtés. Durant toute cette période, elle n’a à aucun moment été laissée hors de la vue de l’un ou l’autre des membres de la famille Grow. Nous lui avons apporté des cerises, des petites tomates orange et de grandes feuilles de kale frais… et toutes les autres choses qu’elle aimait manger. Nous devions la nourrir car elle était trop faible pour se tenir droite et manger en même temps.
Ces moments passés à la nourrir, à la border et à s’assurer que tous ses besoins étaient comblés furent pour nous un privilège qui nous a laissées profondément émues. Bien que nous connaissions déjà Pepper comme étant la plus généreuse, la plus aimante, la plus douce, la plus maternelle et la plus empathique de tous les chimpanzés, nous nous sommes bien vite rendus compte qu’elle prenait soin de nous autant que nous prenions soin d’elle.
Pendant tout ce temps, Sue Ellen, sa complice et sœur d’adoption, veillait sur elle. À sa manière un peu nerveuse, Sue Ellen restait assise en silence, observant chacun de nos gestes comme pour s’assurer que nous étions à la hauteur. Lorsqu’elle allait faire une promenade ou rendre visite aux autres résidents, nous en profitions pour nettoyer le nid de Pepper, le renflouer de couvertures propres et nous assurer que tout soit bien en place afin d’éviter la désapprobation de Suzie, laquelle, fidèle à elle-même, se montrait extrêmement protectrice à l’endroit de Pepper.
Jamais la maison des chimpanzés n’avait été si silencieuse, et jamais je n’avais vu les autres résidents aussi préoccupés. Ils pouvaient entendre les faibles plaintes de Pepper, alors que son énergie s’épuisait peu à peu. Ils savaient… à cause de ces appels, de son absence, et grâce à leur capacité à percevoir ce qui se passe dans leur monde, même sans paroles. Le jour précédent la mort de Pepper, Petra, Jethro, Regis et Rachel se sont réunis dans un coin du passage menant aux îles, là où ils pouvaient avoir une bonne vue de Pepper installée dans son coin préféré de la passerelle. Occupant chacun une marche, blottis les uns contre les autres, ils ressemblaient à des humains assis à l’extérieur de la chambre d’hôpital où l’un des leurs se meurt. Ils étaient là, en silence, se rassurant mutuellement et semblant comprendre qu’il leur fallait faire face ensemble à cette réalité. Tout comme eux, il nous faut faire face à cette perte ensemble, traverser ce deuil ensemble et nous rappeler que nous pouvons compter les uns sur les autres… c’est notre unique consolation devant la perte d’un membre si important de notre famille.
Les membres de ma famille humaine, le personnel et tous les amis de la Fondation n’auraient pas pu faire preuve de plus d’amour et d’attention envers Pepper. Toutes et tous – des jardinières aux employés d’entretien aux membres du personnel soignant- ont passé du temps avec elle. Et ceux et celles d’entre nous qui travaillons à la maison des chimpanzés devions nous assurer qu’aucun des autres chimpanzés n’était négligé en cette veille funèbre. Si vous aviez vu notre personnel à l’œuvre, vous auriez été aussi fiers d’elles et d’eux et aussi reconnaissants que je ne le suis.
Pour l’instant, je ressens le besoin de me retirer dans la quiétude et de retrouver la paix intérieure, de cesser de tenter de comprendre ce qui s’est passé. J’ai besoin de me ressourcer de toute la beauté vivante qui m’entoure, pour que chaque fleur, chaque arbre, chaque chien, chaque chat rappellent à ma mémoire et à mes sens que tout n’est pas perdu, même si le départ de Pepper me laisse cette impression. Il me faut accepter cette perte comme une autre étape vers l’inévitable, vers ce jour où tous les chimpanzés nous auront quittés et où notre mission arrivera à son terme.
Sachez, chers amis et amies de la Fondation, que j’apprécie vos attentions, vos bons mots et vos paroles réconfortantes en cette période de deuil. Une amie très chère m’a envoyé un courriel la veille de sa dernière visite à Pepper. Ce matin-là, alors que la pluie cessait et que le soleil illuminait à nouveau le ciel, elle a aperçu par la fenêtre un magnifique arc-en-ciel double surplombant un champ bordé par une forêt. Elle a pris la scène en photo, qu’elle m’a ensuite fait parvenir avec ces quelques mots : « Pepper nous a rendu visite aujourd’hui pour nous rappeler que là-haut, elle est attendue à bras ouverts. »
Peu importe vos croyances religieuses, vos valeurs ou vos pratiques spirituelles, vous avez certainement foi en ce qui est beau et bon dans ce monde. Et vous croyez sûrement que la bonté est tout ce qui compte vraiment – un cœur tendre, un esprit sage, une âme courageuse et un beau visage, par exemple, sont des manifestations de cette beauté et cette bonté. Où qu’elle soit, Pepper est maintenant retournée à la source de tout ce qui est beau et bon, à cet endroit qui accueille à nouveau toutes formes de vie lorsque leur séjour sur cette Terre prend fin.
L’âme de Pepper est pure et bonne. C’est pour cela que nous l’aimions et que nous l’aimerons toujours. Nous devons nous consoler de ne plus jamais pouvoir
entendre sa voix et son rire ou sentir sa douce présence en nous rappelant la bonté qu’elle nous a laissée en héritage. Gardons-là dans notre cœur. Rappelons-nous les leçons qu’elle nous a enseignées et permettons à sa bonté d’infuser toutes nos actions. Faisons-le pour nous-mêmes, pour nos êtres chers, pour les animaux et pour la Terre. Personnellement, je m’y engage, car je sais qu’ainsi elle sera toujours près de moi.
